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L'archipel des Glénan à Fouesnant

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Les textes sur les Glénan

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L'Écho des Îles


Samedi 18 décembre 1993

Les ormeaux de Glénan

Nous avons donc dit dans notre dernier numéro, faisant notre « mea culpa », que les ormeaux de Glénan ne vivaient pas en famille mais en colonie ! Et pour cause ...

Me promenant parmi les rochers de Saint-Nicolas, côté ouest de l'île, à la fin de la dernière grande marée, espérant découvrir quelques vestiges de l'ère de la pierre polie, je fus subitement interpellé par une voix bizarre. Sa tonalité m'était inconnue. A la fois douce et ferme, elle était aussi grave et aiguë. Disons que son spectre de fréquences se situait entre trente et soixante hertz pour reprendre entre huit mille et douze mille hertz. La langue employée était le breton fouesnantais : « hep paotr, séleau entou tapig ! »

J'eus beau regarder autour de moi, personne. Apostrophé à nouveau, et me tournant alors vers l'endroit d'où venait la voix, je découvris, à quelques mètres de moi, un énorme ormeau, si grand, si vieux, qu'il se confondait parfaitement avec le granit. Il mesurait bien quarante-cinq centimètres de long sur trente de large.

Et le dialogue commença

- Par quel miracle peux-tu me parler, toi, un ormeau qui ne dispose pas de la parole ?

- Ne cherche pas à comprendre, écoute-moi plutôt, car la marée va monter bientôt et tu ne me verras plus.

Je suis le plus vieil ormeau que la mer n'ait jamais nourri. Lors de la destruction de Sodome et Gomorrhe par le feu du ciel, j'ai été irradié ! Je suis donc un mutant ! Et tous les millénaires je viens, pour mon bon plaisir, m'entretenir avec un humain. Je vais donc te parler de la vie des ormeaux.

Et tout d'abord, contrairement à ce que tu as écrit dans L'Echo des Iles (décidément, cette revue est lue partout), nous ne vivons pas en famille mais en colonie. Cependant, nous avons quand-même une famille. Nous nous classons comme suit

  • Embranchement: Mollusques
  • Classe : Gastéropodes
  • Sous-classe :Prososcobranchia
  • Ordre : Archaeogastropoda
  • Super famille : Pleurotomiarioidéa
  • Famille : Haliotidae
  • Genre : Haliotis

Tu trouveras d'ailleurs confirmation de tout ceci au Centre d'Etudes et de Documentation du CEMPAMA à Beg-Meil. Vois M. Mollo à ce sujet.

- Comment peux-tu connaître M. Mollo ?

- Ne t'occupe pas de cela, écoute moi plutôt

Les scientifiques nous ont affublés du doux nom de « haliotis tuberculata » . Une fois de plus les grecs (non, pas les Groisillons) sont passés par là. Halios veut dire mer en grec, et otos, oreille, soit en bon français : oreilles de la mer. La population nous appelle selon le lieu : ormeau, ormel en Bretagne, ormet ou ormier dans les îles anglo-normandes.

Nous sommes des gastéropodes dont la coquille, fortement aplatie est percée de six trous. Les orifices servent à la respiration, à l'excrétion et à la reproduction.

La coquille, sécrétée par le marteau, est attachée au corps par une colonne musculaire. Vous l'appelez « partie comestible ». Deux tentacules céphaliques se situent à hauteur des yeux, tandis que la bouche est munie d'une langue garnie de dents (radula). La partie ventrale du muscle forme la sole pédieuse. Elle est lubrifiée par du mucus lors des déplacements.

- Je connais votre existence aux Glénan ainsi qu'à Mousterlin et près de Concarneau, mais, à part cela, où vivez-vous ?

- Mon pauvre Monsieur, je vois bien que vous ne connaissez pas grand-chose à notre sujet !

Sachez donc que les oreilles de mer peuplent les eaux tempérées de la plupart des continents. Les haliotis tuberculata, dont font partie les ormeaux de Glénan, habitent les côtes ouest de la France, du Portugal et de l'Afrique. Au sud, on nous ren­ontre aux Canaries, en Mauritanie, et au Sénégal, alors qu'au nord, nous montons jusqu'à Dunkerque. Notre densité est importante dans les îles anglo-normandes.

Ormeaux : figure 1(Voir la figure 1 ci-contre représentant la distribution géographique de l'Haliotis Tuberculata)

- Mais, comment vous nourrissez-vous ?

- Nous sommes herbivores. Nous broutons les algues que nous remontons et nous apprécions particulièrement les entéromorphes. L'algue qui nous permet de croître le plus rapidement est la palinaria-palmata. Mais, ce n'est pas la meilleure. Nous pouvons aussi ingérer des particules organiques rencontrées (éponges bryosaires)

En règle générale, nous préférons prélever notre nourriture parmi les algues flottant dans les courants plutôt que de brouter. C'est plus facile et cette méthode nous permet de mieux choisir nos mets. Nous sommes de fins gourmets

(suite au prochain numéro)

Samedi 15 janvier 1994 Les ormeaux de Glénan

A marée basse, Jean Puloch a eu une longue conversation avec un ormeau. Il lui parlait de son alimentation...

Il est généralement admis que nous pouvons prélever de 10 à 20 % de notre poids en algues par jour !

- Mais dites-moi, vous vous prétendez fins gourmets mais, je constate, et vous devrez bien l'admettre, que vous êtes surtout gourmands.

- Si peu mon cher, si peu.

- Mais au fait, comment vous reproduisez-vous ?

- Alors là Monsieur, nous avons une technique de reproduction nettement plus élégante que la vôtre. Elégante oui et toute en décence alors que vous copulez et forniquez, que vous parlez de pétée et de coït, de partie de jambes en l'air ou du café du pauvre. Et j'en passe ! Où est la poésie là-dedans ?

Pour tout vous dire et, espérant que vous prendrez exemple sur nous et, renoncerez un jour à vos méthodes barbares, voici la façon délicate et distinguée que nous pratiquons.

Et tout d'abord, chez nous les sexes sont bien différenciés et les cas d'hermaphrodisme sont rares.

La gonade du mâle est claire (beige-vert pâle) alors que celle de la femelle est sombre (brune ou vert ardoise).

La période de ponte va du mois de juin à septembre. Les premières reproductions ont lieu lorsque nous atteignons la taille de quarante à cinquante millimètres. Nous nous regroupons à ce moment pour mieux assurer la fécondation des ovules.

Au moment de la reproduction, les mâles lâchent dans la mer plus d'un milliard de spermatozoïdes par individu. A leur tour chaque femelle pond plusieurs millions d'ovules. La fécondation de ceux-ci se fait donc en surface, au hasard de la rencontre avec un spermatozoïde.

C'est dire que nous avons tout intérêt à nous regrouper à ces moments-là.

L'oeuf fécondé donne naissance, en quelques heures, à une larve planctonique qui nage près de la surface de l'eau. En une journée elle devient larve véligère et fera partie du plancton durant une dizaine de jours. C'est le moment où elle est la plus menacée*.

C'est aussi le moment où, du fait des vents, des courants et des marées, elle peut réaliser des déplacements importants qu'elle ne pourra entreprendre plus tard.

Après dix jours, la larve descend vers le fond à la recherche d'un abri.

- Merci pour la leçon sur la procréation ! J'en parlerai ! Mais il faut savoir que la modification de nos habitudes ne sera pas une mince affaire et je ne garantis par le résultat.

- Je sais que vous êtes plutôt conservateurs en ce domaine !

- Mais ensuite, comment vivez-vous ?

Vous le saurez dans notre prochain numéro

Samedi 22 janvier 1994 Les ormeaux de Glénan

L'ormeau que Jean Puloc'h a rencontré nous a parlé de son existence dans le monde marin, puis de son alimentation, et de sa reproduction. Il aborde aujourd'hui son mode de vie.

- Mais ensuite, comment vivez-vous ?

- Notre croissance est lente ! Il nous faut cinq années pour atteindre la taille de quatre-vingt millimètres. Nous vivons environ quinze ans. Les plus gros individus mesurent jusqu'à cent trente millimètres et peuvent peser 350 grammes. Notre développement n'est pas continu, il marque un temps d'arrêt en hiver et pendant la période de reproduction. C'est pourquoi, durant l'été, nous sommes maigres et, comme vous le dites « de faible valeur gustative ».

Les dimensions moyennes d'un haliotis tuberculata de 90 millimètres de long sont :

  • largeur: 62 mm
  • hauteur: 23 mm
  • poids total : 107 gr
  • poids muscle : 45 gr soit 42 %
  • poids coquille : 30 gr soit 28 %
  • poids vicères : 32 gr soit 30 %.

- J'entends bien ! Et les précisions que vous me donnez peuvent éventuellement m'être utiles. Mais où donc habitez-vous ?

- Je ne vais tout de même pas vous donner notre adresse précise. Vous risqueriez de ne pas tenir votre radula pardon, votre langue.

Cependant, je peux vous confier que notre habitat naturel consiste en un substrat dur et stable, abrité de la lumière et situé à faible profondeur. En général sont retenues toutes les infractuosités durables dont les parois sont constituées, au moins en partie, par un substrat dur. Il s'agit des failles et crevasses sur roches plates, saillies de blocs rocheux et des faces inférieures des rochers à forte granulométrie. Un tel habitat nous procure une protection contre nos prédateurs.

Cependant, quelques individus de grande taille, immobiles, viennent parfois s'exposer sur la roche. Enfin, il existe une réelle affinité entre les juvéniles et les algues rouges encroûtantes.

Nous sommes en compétition avec les oursins pour le choix de l'habitat. Cependant, je dois l'avouer, la plus dure compétition s'exerce entre nous pour le choix de la meilleure place.

L'habitat individuel varie selon la taille. Les larves choisissent de se fixer sur des substrats couverts d'algues encroûtantes situés en milieu interdidal puis, plus tard, elles rejoignent la colonie et recherchent l'abri idéal dans une anfractuosité.

En général les plus jeunes vivent entre un et trois mètres alors que les adultes élisent domicile entre quatre et cinq mètres. Les individus de taille supérieure à 90 millimètres forment les gros bataillons de la population située à 5,5 mètres (90 %). Cependant, ils peuvent parfois monter à plus de quatre mètres dans les mares.

- Si j'ai bien compris, une fois trouvée votre place vous n'en bougez quasiment plus.

- Oh que non! Nous nous déplaçons ! Mais, l'amplitude de nos déplacements est considérée comme faible. Elle dépend surtout des conditions de l'environnement. Notre mobilité est surtout provoquée par la disponibilité de la nourriture. Ainsi que je vous l'ai déjà dit, nous broutons et captons les algues en suspension dans les courants marins. Mais parfois, il nous faut aller paître sur les rochers voisins. Nous nous déplaçons également pour nous rassembler au moment de la ponte ainsi que pour nous mettre à l'abri les jours de tempête ou pour échapper à nos prédateurs.

Nous nous déplaçons de préférence la nuit. Notre célérité est d'environ vingt centimètres par jour. Toutefois, il nous arrive, en cas de besoin, d'effectuer un bond de trois mètres en une journée voire cinq mètres en trois jours ! Mais il s'agit là de records. Notre déplacement annuel est de l'ordre de quelques dizaines de mètres.

Il ne faut donc pas compter sur nos déplacements pour venir repeupler une zone lointaine qui aurait subi une action de sur-pêche.

- Vous arrive-t-il, comme à nous humains d'être parfois malades ?

- Cela arrive, notamment lorsque vous polluez la mer par des déversements de toutes sortes de produits nocifs. Vous avez une fâcheuse tendance à prendre la mer pour une poubelle.

Mais nous sommes aussi victimes de parasites. Deux types de vermines nous infectent : les éponges perforantes du genre cliona et des anélides polychètes spionidées de type polydora.

Ces deux parasites, profitant de notre coquille comme abri. Leurs actions distinguées ou conjuguées se traduisent par un affaiblissement de l'hôte parasité qui a pour conséquence de ramollir la coquille ce qui le rend vulnérable aux prédateurs. D'autre part, lorsque le parasite perce la coquille, nous produisons un excédent de nacre au détriment de ses autres fonctions biologiques telles que la croissance et la reproduction.

Il est à remarquer qu'en moyenne, tous les individus de plus de cent millimètres portent de dix à cinquante polydora. La présence de parasites a été parfois constatée sur des sujets de quarante cinq millimètres.

- Tout compte fait, à part quelques parasites qui vous gênent vous vivez heureux. N'avez-vous donc aucun prédateur.?

- Bien sûr que si ; et d'abord l'homme ! Il est le plus dangereux car rapace et imprévoyant. I1 est bien capable de mettre au point des pièges de capture performants qui risquent d'amener notre disparition. Mais il n'est pas le seul. Nous sommes la proie de beaucoup d'animaux ! Surtout au début de notre vie. Nos principaux prédateurs sont :

la grande roussette et les raies, les pieuvres et les étoiles de mer (astéria rubers et marthastérias glacialis) en espace interdidal, l'huîtrier pie et le goléand. Nous sommes également attaqués par les carnassiers sous-marins vivant de la même biotope que nous dont les crustacés.

Si je devais les classer par ordre de malfaisance disons qu'en A, nous trouverions l'étrille, en B, la vieille et la blennie, en C, la roussette, le bar et le chobat, en D, le homard, le congre, le tourteau, la raie et la motelle.

Mais le prédateur le plus redoutable est certainement l'homme car il pêche sans discernement.

Actuellement, seule la pêche à pieds est autorisée. I1 reste encore à savoir qu'elle est interdite du 1 er mai au 30 septembre pour cause de reproduction. Par ailleurs, la pêche sous-marine est strictement interdite toute l'année (arrêté de la Direction Régionale des Affaires Maritimes de Bretagne Sud Vendée du mois d'avril 1965). Entre nous, il n'est pas bien respecté et les gendarmes maritimes feraient bien de s'en occuper...

Mais la marée montait et maintenant mon ormeau mutant se couvrait d'eau et sa voix ne me parvenait plus que par saccades, au gré des vagues. Je le remerciais de m'avoir choisi pour cette conversation étonnante qui je l'espère intéressera les lecteurs autant qu'elle m'a passionné.

A défaut de pouvoir prendre rendez-vous pour une nouvelle entrevue, dans mille ans, je souhaitais à mon correspondant de passer ce nouveau millénaire tranquillement ! Pourvu que les hommes, toujours imprévisibles, ne s'amusent pas à provoquer une nouvelle fois la colère du ciel ; une nouvelle destruction de Sodome et Gomorrhe.

Jean Puloc'h

Nous remercions vivement MM. Le Donge, Directeur du Centre d'Etudes du Milieu et de Pédagogie Appliquée Ministère de l'Agriculture (CEMPAMA) à Beg-Meil, Mollo, Maître de recherches, Darte, professeur et Le Bras, documentaliste qui nous ont permis l'accès à la documentation du Centre d'Etudes.

Les ouvrages consultés pour l'élaboration de notre article sont :

  • Etudes sur les ormeaux dans la région de Saint-Malo de J. Clavier et 0. Richard
  • Premières données sur les stocks naturels d'ormeaux de la région de Saint-Malo de Jacques Clavier.

*90 % des larves sont consommés dans la chaîne alimentaire planctonique.

Région

Nom latin

Nom commun

Taille maximum (cm)

Afrique du Sud

Haliotis midae

Perlemoen

18

Australie

H. laevigata

A-balone

20

H. ruber

Abalone

16

H. roei

Abalone

10

Îles Anglo-Normandes

H. tuberuculata

Ormer

12

Japon

H. discus hannai

Awabi

20

H. discus

Awabi

14

H. gigantea

Madaka

15

H. sieboldii

Megai

14

Nouvelle Zélande

H. iris

Paua

17

U.S.A. et Mexique

H. cracherodii

Abalone

20

H. rufescens

Abalone

30

H. corrugata

Abalone

25

H. fulgens

Abalone

25

H. sorenseni

Abalone

26

Canada et Alaska

H. kamtschatkana

Abalone

15

Europe et Afrique

H. tuberculata

Ormeaux ormel

13

Liste des principales espèces du genre Halions exploitées dans le monde


Jean Puloc'h parle aux ormeaux comme Gwenn-Aël Bolloré parle aux berniques

 

 


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