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De Perguet à Bénodet : Contribution à l’Histoire par les métiers
René BLEUZEN

Une région, un "pays", une commune se définissent d’abord par leur situation géographique; mais aussi au travers des grands traits (vrais ou supposés) de la population, et par les activités principales que l’on y rencontre.

Bénodet n’échappe pas à la règle. A la lumière de quelques dénombrements d’électeurs, on peut suivre l’évolution de la commune avec les métiers qui y sont exercés et qui forment le cadre réel auquel sera obligatoirement confronté le nouvel arrivant : le vécu de la commune.

Nous proposons deux tableaux de ces listes d’électeurs établis, le premier au milieu du XIXème siècle, et le second au milieu du XXème. Ils précisent le lieu du domicile et la profession, et sont donc révélateurs de la vie "de tous les jours".

Toutefois, avertissons le lecteur qu’il devra examiner les exemples proposés avec prudence : il s’agit uniquement de professions masculines, puisqu’ils sont antérieurs à l’instauration du suffrage universel. Il est de même possible que les lois électorales aient pu varier au cours des périodes de référence

Enfin, des appellations différentes peuvent désigner une même profession. Rappelons d’abord l’évolution de la population communale depuis deux cents ans :

En 1801, la commune de Perguet comptait 529 habitants. La population augmentait régulièrement pendant plus de 30 ans : le recensement de 1836 en compte 710. Survient alors une terrible épidémie qui fait disparaître des familles entières et, 5 ans plus tard, en 1841, on ne dénombre plus que 643 habitants. Mais les perguetois sont prolifiques, et le dénombrement de 1846 donne 712 résidents, retombant à 680 en 1851. La population augmente à nouveau, avant une nouvelle dégringolade entre 1866 et 1872, où elle revient de 705 à 622 (encore des épidémies, et la guerre de 1870...)

Le changement de nom de la commune (Perguet devient Bénodet le 15 avril 1878) ne change rien à la tendance à la progression de la population : 704 en 1876, 1035 en 1896, 1362 en 1911 (au lendemain du recensement que nous avons retenu). Depuis lors, chaque opération de comptage révèle une nouvelle augmentation : 2087 en 1975, et le compteur était à 2450 lors de la dernière opération réalisée en 1990.

Les électeurs par professions en 1849 Début de l'article

Le tailleurAvant de faire la connaissance des électeurs de Perguet en 1849, disons que la liste en a été établie dans le même temps que l’Assemblée Constituante élaborait la loi instaurant le "suffrage universel" : nous nous trouvons donc, à priori, en présence de la liste des électeurs dits "actifs", déterminés dans la commune en fonction de leur position sociale, de leur fortune, ou de leur participation à l’impôt.

149 électeurs sont inscrits dans la commune (le maire de l’époque étant Le Cain). Une centaine figurent sous la profession de cultivateur, soit les deux tiers du corps électoral. Parmi les 49 autres, on relève un avocat en résidence à Kermaria, P. Perrotin ; un desservant du culte, René Roparts ; un scieur de long, Charles Stéphan ; un batelier, un sonneur de cloches, un débitant, un entrepreneur, Théodore Lavaurs, un cantonnier, Pierre Caradec, un forgeron , François Balch.

Et aussi cinq tailleurs, quatre meuniers, trois charrons, trois jardiniers (parmi lesquels Jean-Marie Friant, futur maire de la commune), trois "employés", sans autre précision.

Dans les professions qui sont liées à l’existence du port, huit douaniers et sept marins dont quatre embarqués par le patron Jean-François Bazin, trois "marchands" qui s’appellent Le Clinche...

Les électeurs de Bénodet en 1910Début de l'article

Le recensement de la commune en 1911 donne le nombre de 1362 habitants. Le maire est Sautejeau.

L’année précédente, on comptait 312 électeurs à Bénodet : 104 agriculteurs, 39 journaliers, 23 marins-pêcheurs, 15 marins, 14 menuisiers, 10 bateliers, 8 jardiniers, 7 maçons, 7 cabaretiers débitants de boissons, 6 rentiers, 4 boulangers, 4 douaniers, 4 retraités, 3 charrons, 3 instituteurs, 3 facteurs, 2 bouchers, 2 abbés, 2 cantonniers, 2 loueurs de voitures, 2 cordonniers, 2 cochers, 2 commerçants ; un seul électeur dans les professions suivantes : pilote, couvreur, charpentier, garde-maritime, meunier, soldat, bedeau, tisserand, propriétaire, carrier, receveur-buraliste, serrurier, gardien de phare.

Ce qui a changéDébut de l'article

Soixante années séparent ces deux dénombrements d’électeurs. On constatera une certaine continuité dans plusieurs métiers, mais aussi l’apparition de nouvelles situations nées de l’évolution générale des modes de vie et des progrès de l’organisation sociale.

L’agricultureDébut de l'article

Le nombre de cultivateurs proprement dits n’a guère augmenté dans ce laps de temps : de 100 ils sont passés à 104. Mais nous trouvons en 1910 une nouvelle catégorie d’électeurs jusque là inconnus et baptisés "journaliers".

Ils sont au nombre de 39, et sont en réalité autant de travailleurs de la terre. Ils habitaient souvent avec leur famille les "penty" où ils avaient une ou deux vaches, un poulailler et un clapier. C’étaient les "précaires" de l’époque : les patrons les retenaient pour les "devez bras" (les grandes journées), pour les travaux pénibles, comme la fenaison, la moisson, l’épandage du fumier..., et chaque fois qu’il fallait donner un "coup de main". Ajoutons que leurs épouses, tout en élevant leurs enfants, passaient souvent plus de temps au travail dans les fermes voisines que sur leur propre lopin de terre. Et quand arrivaient les beaux jours, les enfants eux-mêmes désertaient les bancs de l’école pour aider au sarclage, garder les vaches, s’occuper à de menus travaux.

L’importance du monde agricole dans la commune s’est longtemps traduite par la présence des fermiers au conseil municipal, au poste de maire. Elle suppose aussi une quasi autarcie dans le domaine de l’alimentation. On vit des produits de la ferme : le blé, le seigle ou le

blé noir pour le pain ou les crêpes, ainsi que le beurre, le lait ou les œufs.

Les métiers traditionnelsDébut de l'article

En 1910 les métiers de la mer se portent bien. On compte 38 marins, dont 23 se consacrent à la pêche ; en plus, 10 bateliers qui sont les pêcheurs de sable ou d’engrais marins.

Les travaux du bâtiment et de l’ameublement occupent 7 maçons, 14 menuisiers, 3 charrons, un couvreur, un charpentier, un carrier et un serrurier.

Le tonnelier est devenu cerclier ; les jardiniers, au nombre de 8, ont doublé tandis que le nombre des douaniers diminuait de moitié. On note 2 bouchers, 2 cantonniers, un garde-maritime et le gardien de phare Gabriel

Marteville dont le fils Guillaume, tué pendant la Grande Guerre, a donné son nom au square proche. Une autre corporation semble prospérer, c’est celle des cabaretiers : ils sont 7 inscrits. Et les retraités, au nombre de 4, ont fait leur apparition.

Ce qui est nouveauDébut de l'article

Trois des électeurs sont des instituteurs : Paul Monmoton, Jean-Louis Goguenard, et Laurent Le Pagne à Perguet. La commune compte aussi un receveur-buraliste, Jean-Marie Pennec, et deux loueurs de voitures, Jean Quinquis et Joseph Caoudal.

La liste comporte encore 6 "rentiers" : Messieurs Chapitel à Kerlénard, Derrien à Coatalen, Rodolphe et Georges Koechlin à Ker-Moor, Ambroise Perrotin au Vouérec, Corentin Bloch à Keranguyader.

Notons aussi 3 facteurs, un carrier, un cocher, 2 pilotes : Joseph Bargain, dont on parle encore sur le port, et Étienne Nours.

Par contre, plus d’entrepre-neur, ni de scieur de long, et les meuniers sont en voie de disparition.

Quelques nomsDébut de l'article

En 1910, Armand Haas est bedeau ; les deux ecclésiastiques s’appellent Yves Laviec et Nicolas Prigent. Le charpentier se nomme Corentin L’Haridon. Pierre Le Roy est tailleur à Ty Palud ; tous les Le Cain sont pêcheurs ; dans la famille Caoudal, on trouve des bateliers, des débitants, des loueurs de voitures.

Certains noms de famille ont disparu depuis longtemps, mais celles qui comptaient le plus d’électeurs sont toujours bien implantées. Citons entre autres les Le Cain, Nédélec, Berrou, Le Clinche, Caradec, Louédec, Le Goff, Cosquer, Donnard, Clément, Cloarec, Bertholom, Le Breton, etc...

De 1910 à 1997Début de l'article

Les deux recensements d’électeurs étudiés montrent une évolution lente mais certaine dans les activités des habitants de la commune, évolution sans doute générale, mais aussi particulière à Bénodet qui est déjà un lieu de vacances recherché. L’histoire ne s’arrête pas, et même s’accélère, et les métiers d’aujourd’hui ont peu à voir avec ceux relevés en 1910.

Le corps électoral aujourd’huiDébut de l'article

Les 312 électeurs de 1910 faisaient le quart de la population. Les 2.315 inscrits en 1997 pour les élections législatives représentent 90 % du recensement de 1990 (2.450 , sans doute aujourd’hui 2.600).

D’où vient cette distorsion ? Elle a plusieurs causes. Les plus évidentes sont, d’une part, que les femmes ne votaient pas en 1910, d’autre part que l’âge de la majorité a été ramené de 21 à 18 ans.

Mais comment expliquer que 9 sur 10 des bénodétois sont en âge d’aller aux urnes , C’est d’abord l’effet de l’allongement de la durée de la vie qui fait que sur les 2.315 électeurs inscrits, 975 ont atteint ou dépassé les soixante ans, soit 38 % de l’ensemble. Ensuite, il se

trouve que Bénodet compte beaucoup de résidences secondaires dont les propriétaires, recensés dans la commune de leur domicile principal, ont parfois choisi de voter dans celle de leur lieu de vacances.

Métiers d’hier et d’aujourd’huiDébut de l'article

On a pu comparer les activités de 1849 à celles de 1910 (Étude de Renan Clorennec) parce que la profession figure avec le nom de l’électeur. Cette indication ne figure plus, et c’est donc sur une vision globale des activités actuelles que nous l’abordons, avec les risques inévitables d’oublis ou d’appréciations hâtives.

Ceux qui ont disparuDébut de l'article

Depuis longtemps, il n’existe plus dans la commune de tisserand : le dernier fut Guillaume Nédélec, dit "Laouic Ty-Pont-Nevez (Cf. Foen-Izella N°.....).Ni de tonnelier, de cerclier ; ni de scieur de long, après la disparition de Charles Stéphan. Au bord de l’eau, on ne voit plus ni douanier, ni garde-maritime, ni pilote, ni batelier.. Avec l’arrivée du moteur, les loueurs de voitures et les cochers ont cédé la place aux transporteurs et aux taxis.

Plus récemment, ce sont les tailleurs d’habits qui se sont effacés devant le prêt-à-porter ; la dernière carrière de la commune n’est plus exploitée. Dans le bâtiment, la grande entreprise a disparu avec son fondateur, mais les artisans continuent. Et la

paroisse voit partir, après son bedeau-sonneur de cloches, son desservant titulaire, l’abbé Robert Martin, touché par l’âge et une santé délicate.

Mais la plus grande déchirure dans l’histoire des métiers dans la commune est certainement celle qui touche l’agriculture.

De temps immémorial, elle était le moteur qui entraînait la plupart des autres activités, artisanales et salariées.

Au nombre de 100 en 1849, les agriculteurs représentaient le tiers des électeurs ; avec leurs auxiliaires journa-liers,, ils étaient 143 en 1910. Actuelle-ment, un ou deux persistent, après avoir trouvé des ressources complémentaires à leur métier initial. Les autres, touchés par la limite d’âge, ont pris leur retraite, sans repreneurs, ou ont cédé leur exploitation. Il ne reste, s’agissant des professions de la terre, que les serristes producteurs de plants d’ornement, de fleurs, et la culture maraîchère intensive, toutes activités qui nécessitent du personnel.

On ne peut évoquer la disparition de la profession agricole sans parler du paysage. Aux belles images des champs labourés ou des moissons, des attelages, des troupeaux dans les pâtures, s’opposent de plus en plus les friches, et le

bocage tant vanté est en passe de perdre une bonne partie de son charme.

Le nouveau visage de BénodetDébut de l'article

Le tourisme, entré à Bénodet par la grande porte, est devenu l’activité prédominante. Le site exceptionnel a toujours attiré les privilégiés de la vie. Déjà à la fin du siècle dernier les élus signalaient son importance, mais il demeura malgré tout accessoire pendant longtemps dans la vie bénodétoise. Balbutiant encore au début du siècle, il est maintenant devenu le secteur primordial, et il est à l’origine de la majeure partie des ressources de la commune. Et les services municipaux, qu’ils soient d’appel, d’accueil ou d’accompagnement ont dû s’adapter en conséquence.

La capacité hôtelière de la station, son confort, sont exemplaires dans la région. Les campings, recevant surtout une clientèle étrangère, sont également de bon standing. Les restaurants sont nombreux, ainsi que les autres métiers de bouche. Beaucoup d’activités commer-ciales s’efforcent de satisfaire cette clientèle de passage, et génèrent de nombreux emplois de service.

La commune de Bénodet a vu dans le même temps un développement très important des professions se rapportant à la santé. Il n’y avait pas de médecin parmi les électeurs de 1910 : il existe maintenant trois cabinets médicaux et six médecins, dont trois à la clinique de Ker-an-Aod qui est le plus gros employeur de la commune. Les soins et aides à domicile entraînent un nombre important d’infirmières et d’aides-ménagères..

Hors des activités profession-nelles, citons aussi les activités associatives pour lesquelles la commune de Bénodet occupe une place de choix. Qu’elles soient culturelles, sportives ou de

loisirs, ces associations, connues pour leur densité et leur vitalité prennent une part de plus en plus importante dans la vie publique de la cité. En multipliant les rencontres, elles créent des réseaux d’échange et d’amitié qui contribuent à humaniser les rapports. Et dans ce domaine, les gens qui ont bouclé leur carrière, sont sortis de la vie professionnelle et se trouvent à la retraite prennent une part importante, en s’efforçant avec leurs amis de "rester dans la vie" et d’y trouver des agréments.

Ce sont là les transformations profondes que nous avons relevées parmi les aspects les plus significatifs du bouleversementéconomique et social de ces dernières décennies dans la commune de Bénodet. De nombreux autres exemples pourraient être cités, témoignant de l’intuition, de la pugnacité des habitants au seuil de la grande mutation qui continue et qu’ils conduisent, le regard tourné vers Le Trez et toute sa corniche.Début de l'article


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